La Comédie Musicale
Culte des Années 80

Avec l’arrivée du Nouvel Hollywood à la fin des années 60, tous les genres cinématographiques étaient voués soit à disparaître, soit à évoluer.
Le « musical » est un de ceux qui a le plus changé.
A la place des grosses machineries, comme West Side Story, se trouvent des comédies musicales plus ancrées dans la réalité, plus marquées de leur
époque, socialement et historiquement : FAME est de loin la plus célèbre !

L'histoire
La célèbre High School of Performing Arts de New York,
seule école artistique publique, fait passer les auditions de danse,
de musique et de théâtre à ses futurs élèves.

Les candidats sont nombreux :
leur ambition est immense, ils souhaitent tous devenir célèbres,
ils veulent la gloire... Mais elle va leur coûter cher : la sueur de leur front !
Et la sélection est rude... et rare sont ceux qui atteindront la célébrité.

Quatre années d'études sont prévues : la Freshman Year,
la Sophomore Year, les Junior et Senior Years, au cours desquelles
ils vont devoir travailler beaucoup sans être certains de réussir.
Tous essayent de concilier l'apprentissage de leur métier exigeant
avec leurs problèmes personnels.
Amitiés, amours, découragements... c'est au-delà de ce qui fait la vie quotidienne de tous ces jeunes gens qu'ils devront se placer
jusqu'au jour du concours final "Graduation Day".
Chacun devra donner le meilleur de lui-même...
Des élèves
Issus de milieux variés, ils ne sont pas si différents de leurs concitoyens de «West Side ». Bien que la fameuse école des arts de la scène soit située à Manhattan, en plein coeur de New York, beaucoup d'étudiants sont des adolescents, issus de l'immigration, qui pour la plupart ne roulent pas
sur l'or et sont confrontés aux problèmes de leur âge.Tous espèrent réussir dans leur domaine (musique, danse, comédie), mais ils savent déjà que pour
y parvenir, il devront s'investir toujours plus et surmonter la rivalité.

Nous suivons les itinéraires de huit jeunes gens qui réussissent
leur examen d'entrée dans cette école publique prestigieuse.

Montgomery MacNeil (Paul McCrane)

Issu d'une famille riche, il souffre de solitude.

C'est avant tout un jeune acteur tiraillé
par l'acceptation de son homosexualité
et nouant une belle amitié avec Doris...

 

Doris Finsecker (Maureen Teefy)

C'est la jeune fille timide, voire coincée,
d'origine modeste, qui se révèle à elle-même
au fil du film. En effet, jeune actrice elle aussi, soumise au joug d'une mère juive trop présente,
ces quatre années seront pour elle
le temps d'une affirmation de soi.

Bruno Martelli (Lee Curreri)

Petit mozart du synthé,
ce pianiste éléctronicien est le
fils d’un chauffeur de taxi
,
très présent lui aussi.

Il n'hésite pas à passer les bandes sons
de son fils via les haut-parleurs de son taxi, à longueur de journée...

Leroy Johnson (Anthony Ray - décédé en 2003)

Le jeune black de banlieue analphabète,
génie du dance floor, vole la vedette à l'amie qu'il est censé se contenter d'accompagner.


Il danse comme un dieu... mais il ne sait
pas lire
, et a beaucoup de mal à accepter
le rythme scolaire d'une institution
qui ne lui apprendra pas qu'à danser.
Même dans la vraie vie il s'était fait virer
de l'école new-yorkaise qui inspira le film.

Coco Hernandez (Irene Cara)

Cette jeune actrice black, cultivée,
intelligente
et dynamique, souffre néanmoins
de son humble origine. Chanteuse très douée, avide de célébrité, Coco est l'un des
personnages les plus attachants.

 
C'est elle aussi
qui interprète la
bande originale du film.
Et Coco risque bien de se brûler les ailes avec un agent véreux...

Ralph Garcey (Raúl García)

Ce jeune blanc est issu d’une famille
très (trop) catholique, dont le père battait les frères et soeurs.

Ralph est un portoricain grande gueule, comique né pour les planches,
mais aussi mythomane et
déstabilisé par sa situation familiale.

 

Hilary van Doren (Antonia Franceschi)

Issue d'une famille bourgeoise recomposée, la danseuse la plus douée
de sa classe, donc forcément la plus énervante, qui ravit à Coco le cœur de Leroy, est d'un orgueil démesuré...

Lisa Monroe (Laura Dean)

Elle rêve de devenir danseuse
mais sa carrière dans ce domaine s'annonce compromise...

Des profs
Issus de divers milieux, de toutes origines ethniques, les artistes en herbe
sont coachés par leurs quatre professeurs sévères mais attentifs...
Mrs Elizabeth SHERWOOD, professeur de lettres et directrice
"Cet établissement n'a pas d'école que
le nom,vous n'y serez pas mieux traités
parce que vous avez du talent, au contraire, vous y travaillerez deux fois plus.
Je me moque que vous dansiez bien
ou que vous ayez beaucoup d'esprit
et des arcs-en-ciel en guise de vêtements...
si vous ne consacrez pas le temps qu'il faut
à vos études scolaires, alors dehors !"
Mr Benjamin SHOROFSKY, professeur de musique

"Dictée musicale, piano élémentaire, littérature du piano, pratique de l'harmonie, musique et histoire, orchestration, direction d'orchestre,
jazz symphonique et petite formation, ensembes... et vous aurez à apprendre tout le reste !"

"La musique est le plus difficile
de tous les métiers !"

Mr FARREL, professeur d'art dramatique (théâtre)

"Il y a plus de 50 000 personnes dans
ce pays qui se disent acteurs, et il y en a
moins de 500 qui gagnent régulièrement
leur vie, et la plupart n'y arrivent qu'en
faisant de la publicité. Ne croyez pas que le talent suffise pour percer, il vous faudra une technique solide... Vous faîtes partie d'une minorité sans privilèges, et vous allez
en baver des ronds de chapeau..."

"Etre acteur est le métier
le plus difficile du monde !"

Miss BERG , professeur de danse

"Vous devrez suivre des cours
extérieurs à l'école dans votre spécialité, étudier le ballet moderne, folklorique,
jazz, claquettes, et le ballet historique,
ainsi que l'histoire de la danse..."

"La danse est ce que nous enseignons
de plus difficile dans cette école !"

La célèbre High School of Performing Arts

La fameuse école qui servit de modèle et de décor au film existe vraiment !
Il s'agit de La Guardia High School
of Music and Art
, qui se trouve effectivement à New-York.

Certains de ses anciens élèves
sont prestigieux :
Jerome Robbins
, Al Pacino,
Liza Minelli
, Suzanne Vega.
Le réalisateur Alan Parker y a passé plusieurs mois avant le tournage
du film pour s'imprégner de l'ambiance.
De plus tous les figurants du film étaient les élèves de l'école à l'époque.
La High School of Performing Arts de New-York prépare en trois ans
les futurs Fred Astaire. Au programme : danse, musique, claquettes,
diction
, respiration et... sélection. Ainsi que l'annonce l'affiche :

3 ans d'école pour devenir star... ou garçon de café.

Ce film a aussi été un formidable déclencheur d'engouement pour
les carrières d'artistes à l'époque,
comme le sont toutes les émissions
de télé réalité aujourd'hui.
On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser que Fame a fortement inspiré les concepteurs de ces émissions.

Pour résumer Fame aux dernières générations, on pourrait prendre
un raccouci très osé et dire que
c'est un 1/3 de Pop Stars
(pour la partie audition)
et 2/3 de Star Acadamy
(les 4 années d'étude
à l'école avec les divers profs)

Réflexion sur l’art, la célébrité, le succès et l’échec

Fame montre surtout les doutes et les ambitions de jeunes gens
qui ont un besoin vital d’y croire, à tort ou à raison, dans la mythomanie pour certains, dans l’ombre de leur parents pour d’autres, mais toujours
avec une volonté d'aller au-delà de cet environnement
social et familial qui les lient à leur passé.

Ce film décrit toute la sensibilité exacerbée de cette jeunesse figée
dans la peur d’échouer. Comme si l’échec à 18 ans pouvait signifier
la fin d’une vie... Une existence d’illusions et de paillettes, sûrement.
Au sein de ce grand établissement des arts new-yorkais,
ils vont tous recevoir une belle leçon de vie.

En effet, le film souligne que le talent est souvent inné
mais qu’il se travaille, se forge, s’affûte pour devenir unique
et enfin exploser aux yeux du monde entier...

On insiste sur l'entrain, la fougue, mais également les souffrances
vécues par des artistes en herbe ou confirmés.
Elèves ou professeurs, danseurs et chorégraphes, vivent dans le doute constant de ne plus pouvoir vivre de leur art...
Il y a cette humilité de croire que du jour au lendemain, tout peut changer...
Une fresque sociologique
Cette comédie musicale offre un panorama assez représentatif,
aussi bien de New York multi-culturel, que de la jeunesse de l’époque,
divisée entre des rêves de gloire et une réalité plus austère.

Publique, la célèbre école new-yorkaise a le mérite d'être accessible à tous.
Le brassage social qui en résulte est immense.

Fame commence dans un anonymat profond et nécessaire,
celui des auditions. Puis on y découvre progressive
ment un mélange
de caractères forts et de personnalités en devenir, qui se répartissent
entre les différents départements de la prestigieuse école.

Les danseuses et les danseurs s'échauffent dans les couloirs tandis que
les musiciens s'installent où il reste de la place pour répéter quelques notes avant leur passage. Les aspirants acteurs se concentrent sur leurs lignes
avec la ténacité et le stress d'un premier passage devant critiques.

Le groupe ainsi formé est aussi hétéroclite que la ville spécialiste
du Melting Pot américain dans laquelle prend place l'histoire :
New York, bien évidemment.

La musique : au crépuscule du disco
La musique sur laquelle les élèves évoluent est celle des années 80,
marquée par le style « Disco »
Le Disco est un style de musique qui a
succédé à la « Pop Music » dans les années 70.


Au départ, les DJ de NewYork passent
des titres de « Soul Music » choisis pour leur
rythme très appuyé
, marqué de contretemps.
Ce genre est vite adopté par les discothèques
du monde entier et bientôt, des artistes tels que
Donna Summer
, Barry Wight, Village People,
Abba
ou les Bee Gees le produisent sur scène.
La bande originale du film (interprêtée par Irène Cara)
Fame est devenu un film-culte des années 80
à la chorégraphie époustouflante, qui révéla une pléiade de jeunes talents
à la recherche, dans le film comme dans la vie, de la célébrité.
Il fallut 4 mois d’audition pour sélectionner les interprètes du film.
Parmi les recalés se trouvait Madonna !

La musique du film et La chanson Fame,
interprétée par Irène Cara
(qui révéla par la même occasion la jeune artiste)

ont été couronnées par des Oscars en 1980,
et furent de véritables succès mondiaux,
incontournables et intemporels.

Trois années plus tard, en 1983, Irène Cara atteint les sommets
des charts avec le titre
What a Feelin' extrait du film Flashdance
qui lui permet de gagner
un second Oscar.

 
Le ballet final : véritable explosion musicale
Tout le film possède ainsi un rythme soutenu, usant du montage parallèle entre les différentes salles de l’université et donc les différents arts.
Le montage son est à cet égard particulièrement soigné,
offrant des transitions musicales de toute beauté.
 
Si Fame regorge de scènes musicales,
c’est cependant le ballet final
qui a été le plus difficile à tourner.
Il a fallu quatre jours pour mettre
en boîte ce final qui permet de retrouver les différents thèmes musicaux du film.
La naissance du clip
Fame est un véritable phénomène de société,
qui s’inscrit dans une nouvelle manière de penser la musique
et de l’accompagner d’un véritable univers physique et visuel.

Les prémices du vidéo-clip sont en effet à chercher dans le film d’Alan Parker dont le montage, très découpé et alternant récit et purs instants musicaux, va initier un mouvement dont on sait depuis
qu’il sera décisif dans l’industrie du disque...

Et c’était sans compter sur la série télévisée Fame qui suivit...
De 1982 à 1987, six saisons furent en effet diffusées sur différentes chaînes,
la chanson phare d’Irene Cara connut une seconde vie tandis que
le clip passa en boucle sur les nouveaux programmes musicaux
des télévisions du monde entier.
Fame, vu côté mode : un film bien sapé !
Dans Fame, les fringues jouent un rôle crucial.

Usées, découpées, superposées,
les tenues de danse racontent les corps au travail.
Les chemises à carreaux rappellent les années 70 tout juste dépassées.
Les vestes vintage mal ajustées pointent le manque d'argent.

Le sens de la débrouille crée un style qui fera date,
au point de continuer d'inspirer des générations de modeux,
tant chez American Apparel que dans les magazines de mode.
Le film commence par l'étape tragi-comique des auditions.
Si les ondulations de Leroy ne laissent aucune spectatrice indifférente,
c'est le pull rose tagada de la prof que l'on retient aussi :

La scène de danse à la cafèt' est vraiment spectaculaire.
C'est un défilé de jambières, justaucorps et collants coupés multicolores.

Les cours de danse de Fame... Qui n'a jamais rêver d'onduler en rythme devant la glace d'une telle salle ? A défaut d'y arriver, on peut toujours emprunter aux personnages les bodies décolletés dans le dos et les
bas de jogging en jersey souple.
Le nombre de séries mode reprenant
la thématique des jeunes danseuses s'échauffant est incalculable.

On découpe beaucoup de vêtements dans le film.
Les vestes en jean...
... et les sweat shirts.
Attention, les formes et les couleurs se multiplient et se mélangent,
la scène centrale du film se prépare...

C'est parti pour une débauche de dynamisme.

Les jeunes prennent possession de la rue pour danser,
bloquant du coup toute la rue, toute la Société.

Leroy, le rebelle illettré pour qui la danse est une raison de vivre,
est de loin le personnage le mieux sapé du film, avec
l
e sweatshirt coupé court, grand classique des eighties,
récemment révu et corrigé par Alexander Wang

Les pièces en jean ne sont pas si fréquentes dans le film.
Du coup, on remarque encore plus la veste de Ralph.

Et ça fait si longtemps que le pantalon en velours
n'est pas redevenu à la mode !
Et enfin, Coco cultive un style vintage qui ne détonnerait pas aujourd'hui...
Un nouveau genre de comédie musicale
Le 16 mai 1980, jour de la sortie du film, personne ne croit vraiment à ce nouveau genre de comédie musicale, éloignée des entrechats de Gene Kelly.
Les critiques avouent cependant avoit été charmés par la fougue
de cet hymne à la jeunesse et au spectacle et promettent un léger succès
pour ce film destiné à la base aux adolescents...
Une promesse bien légère lorsque l’on connaît aujourd’hui la portée
de ce film. En effet, le succès est immédiat, le film est un tel phénomène
de société
qu’il rompt instantanément tous les liens avec ce qui a pu
se faire avant... pour définir ce qui se fera après !
Ce qui plaît (et ce qui change), c’est le réalisme du propos.

On inscrit les passages chantés et dansés dans un but bien plus terre à terre et personne ne se met à chanter spontanément sans véritable raison.

Ici, si l’on danse et si l’on chante,
c’est pour apprendre, pour s’exprimer, pour vivre (et même survivre)...

Les séquences musicales font partie d’un spectacle,
d’un apprentissage, d’un échange entre élèves,
elles ont une valeur narrative et n’apparaissent pas spontanément,
à l’inverse de la comédie musicale des années 1950.

En fait, Fame concentre les nouvelles attentes des spectateurs :
le genre musical au cinéma se doit de s’adapter à la révolution
des ondes FM
, aux nouveaux genres, au mélange des ethnies,
à la génération 80 qui tente tant bien que mal de grandir et évoluer...

 

FAME est l’oeuvre fondatrice sur laquelle toutes les
comédies musicales contemporaines se sont déclinées.
Exubérante et sensible, un bon Alan Parker, tout simplement...
Le réalisateur : Alan PARKER

Alan Parker est un réalisateur, producteur, compositeur et scénariste anglais (né à Londres en 1944). Il signe la mise en scène de Fame en 1979.

Artiste engagé et mélomane, il sait varier les registres, et faire d'un film un chef-d'oeuvre musical. La trentaine bien entamée au moment du tournage,
ce fan de rock et de cinéma s’est offert un petit plaisir avec Fame, déclenchant un véritable phénomène de société.
Il va ensuite persister dans le domaine du cinéma musical,
mais
en changeant radicalement de style.
En 1982, avec la collaboration de Bob Geldof, il réalise "The Wall", adaptation cinématographique de l'album rock (du même nom)
des Pink Floyd. Le film alterne séquences filmées avec des séquences animées, sur un rythme rapide, et ne comprend presque aucun dialogue.
Sentant sa personnalité défaillir, Pink,
une star du rock, se fabrique un mur protecteur derrière lequel il croit d'abord trouver refuge.
Mais ce mur finit par l'étouffer et le pousse,
seul et malheureux, jusqu'aux portes de la folie.
Il passe alors en revue les éléments importants
de sa vie ; la mort de son père à la guerre,
sa mère trop protectrice, les brimades de professeurs, puis l'échec de son mariage
et la plongée dans la drogue, autant de briques dans le mur (Another Brick in the Wall).
Plus récemment, en 1991, "The Commitments", dernier grand film du cinéaste, est un bijou de comédie. Il est tiré du premier des trois romans
de la trilogie de Barrytown, œuvre de l'écrivain irlandais Roddy Doyle.
 

Il s'agit de l'histoire légendaire,
et purement imaginaire,
de quelques jeunes chômeurs irlandais,
farfelus et persuadés d’être les dignes héritiers de James Brown, qui décident de fonder un groupe de musique Soul.